Guido d'Arezzo

Message par machaut » Sam Fév 07, 2009 5:17 pm

Quelqu'un pourrait-il expliquer clairement les principes de la main guidonnienne?
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Message par nm » Sam Fév 07, 2009 8:22 pm

C'est relativement simple: la gamme médiévale est représentée sur les phalanges de la main gauche, de la manière décrite ci-dessous. Le professeur pointe de l'index de la main droite une phalange de sa main gauche et les étudiants, qui connaissent la convention, savent immédiatement de quelle note il s'agit. La main permet donc en quelque sorte une lecture solfégique en l'absence de toute notation: le professeur se contente de montrer un à un sur sa main les degrés de la mélodie à chanter.

La gamme représentée sur la main s'étend diatoniquement de sol1 (en bas de la portée en clé de fa) jusqu'à mi4, 20 notes. Les positions sont en spirale sur la main gauche, à commencer du sommet du pouce: je vais tenter de représenter le circuit ci-dessous:

mi3 - ré3 - do3 - si2
| |
sol1 fa3 ré4 - do4 la2
| | | |
la1 sol3 - la3 - si3 sol2
| |
si1 - do2 - ré2 - mi2 - fa2

La spirale part de la deuxième phalange du pouce, descend jusqu'à sa base, passe ensuite par la base des quatre doigts, remonte les phalanges de l'auriculaire, suit la 3e phalange de l'annulaire, du medius et de l'index, redescend par la 2e jusqu'à la 1re phalange de l'index, suit par le médius et l'annulaire, remonte à la 2e phalange de celui-ci, revient à la 2e du médius -- et il manque une phalange pour le mi4: celui-ci est donc indiqué par l'index de la main droite pointant au dessus de la main.
Lorsque la tessiture de la gamme a été étendue d'une note supplémentaire au grave, jusqu'à fa1, ce dernier a été placé "derrière le pouce" de la main -- en latin, "retropollex": c'est devenu son nom, fa retropollex.

Bien entendu, les images médiévales ne représentent pas les noms modernes des notes indiqués ci-dessus, mais plutôt leurs noms de solmisation -- voyez par exemple http://www.encyclopedie-universelle.com ... nienne.gif. La gamme s'étend alors de gamma ut à dd la sol et la note "en l'air" (non représentée dans cette figure de la main) est ee la.

La main n'est donc rien d'autre qu'un procédé pédagogique, un moyen simple, pour le professeur, d'indiquer aux étudiants les notes à chanter.[font=scrïpt MT Bold][/font][font=Stencil][/font]
nm
 
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Message par machaut » Dim Fév 08, 2009 3:20 am

Merci de cet éclairage.
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Message par modérateur » Dim Fév 08, 2009 3:52 am

Oui merci
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Message par ars organisandi » Dim Fév 08, 2009 4:00 am

La main n'est donc rien d'autre qu'un procédé pédagogique, un moyen simple, pour le professeur, d'indiquer aux étudiants les notes à chanter.

C'est en effet un procédé pédagogique. Mais la considérer comme
une lecture solfégique en l'absence de toute notation
me surprend, car les dénominations Are, Bmi, Cfa, etc. sont déjà me semble-t-il une notation musicale.
De plus, la main est surtout un support de mémorisation qui n'a pas été réservée à la musique. Visualiser des éléments sur une partie du corps, c'est un peu matérialiser ces éléments, tout en les structurant. Cela permet ainsi aux élèves de se créer une image mentale de l'échelle diatonique et des syllabes de solmisation associées afin de mémoriser plus facilement ce système.
Et ce système a-t-il un but aussi pratique que cela? Lorsque l'on essaie de chanter en suivant la main, on se rend compte que les intervalles disjoints (surtout au-delà de la 3ce) sont très difficiles à repérer. Le résultat graphique de l'utilisation de la spirale me paraît trop complexe pour y trouver une logique autre que cette spirale. Certes, cette main est donc potentiellement utilisable pour les mélodies constituées de 2des et de 3ces, mais pas pour les autres intervalles. Cela me semble suffisamment réducteur pour envisager que la main a plus une visée théorique que pratique.
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Message par ricossa » Dim Fév 08, 2009 9:26 am

Ars organisandi a dit :les dénominations Are, Bmi, Cfa, etc. sont déjà me semble-t-il une notation musicale.
disons donc que la main EST une notation musicale "ex tempore"...
Certes, cette main est donc potentiellement utilisable pour les mélodies constituées de 2des et de 3ces, mais pas pour les autres intervalles. Cela me semble suffisamment réducteur pour envisager que la main a plus une visée théorique que pratique.

la logique n'est pas plus complexe que celle d'un clavier machine à écrire, et pourtant, un minimum de pratique permet d'écrire très très vite en tapant sur son clavier d'ordinateur (avec les 10 doigts). Un petit peu de pratique avec la main permet d'identifier immédiatement les notes, même s'il faut faire un saut de quinte ou d'octave...
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Message par ars organisandi » Dim Fév 08, 2009 11:41 am

Je ne doute pas qu'il soit possible de savoir immédiatement où se positionne telle ou telle hauteur, puisque la main est un support de mémorisation. Taper à la machine se rapproche plus de ce que nous enseigne le solfège moderne : enchaîner des sons ponctuels. Il me semble cependant qu'avec la solmisation (et plus généralement avec toute la musique médiévale) il s'agit de franchir des intervalles. C'est pourquoi j'envisage plus cette main comme un support visuel de l'échelle diatonique accompagnée du système hexacordal, qu'un procédé aidant le chant.
Sans doute est-il possible de mémoriser tous les parcours pour tous les intervalles possibles. Mais pourquoi utiliser cette représentation pour chanter alors que la notation sur portée existait déjà et qu'elle-même fonctionne bien comme image mentale ? De plus, au risque d'être anachronique, lorsque l'échelle diatonique est agrandie, c'est le dos de la main qui supporte les octaves inférieures et supérieures ajoutées. Comme en témoigne cette représentation extraite d'un traité de Stephano Vanneo.
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Là encore, la complexité s'accroit.
Mais sans doute n'ai-je pas assez pratiqué moi-même ce système pour pouvoir en conclure quoi que ce soit de définitif.
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Message par ricossa » Dim Fév 08, 2009 2:26 pm

sur les murs de la mission franciscaine de Santa Monica en Californie, il y avait une main peinte pour que le frère qui dirigeait le chant guide le choeur des indiens. Voilà un usage pratique.

Je signale aussi la curiosité de l'espagnol Romero de Avila qui à la fin du XVIIIe siècle n'admet toujours pas les notes au-dessus de la double octave grecque (A-a-aa, il admet toutefois le Gamma) et donne dans son traité une main incomplète !
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Message par couillatris » Dim Fév 08, 2009 5:12 pm

Voici une fresque datant de 1459 du Palazzo Medici Riccardi à Florence, peinte par Benozzo Gozzoli (1420-1497):
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Un gros plan de deux anges:
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N'est-ce pas l'illustration même d'une pratique contemporaine où un ange montre à son "collègue" où se trouve le Csolfaut?
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Message par nm » Lun Fév 09, 2009 6:31 am

Tous ces messages et surtout ces images sont très intéressants, merci.

Voici quelques idées complémentaires:

1) Le rapport de la main à la notation.
Il faut remarquer qu'il demeure relativement difficile de noter ou même d'identifier des hauteurs tant que celles-ci n'ont pas de nom: les deux choses sont étroitement liées. La main est donc bien, d'une certaine manière, une notation, fut-ce parce que "deuxième phalange de l'index", par exemple, devient un autre nom pour "ffaut". Discuter cela plus avant entraînerait entraînerait à s'interroger sur la définition du mot "notation", ainsi peut-être que celle de la musique elle-même...
Sans aller jusque là, on peut noter que ma phrase, "une lecture [...] en l'absence de toute notation", contenait en elle-même un paradoxe ("lire ce qui n'est pas écrit"); ce n'était pas tout à fait involontaire...

2. Le système a-t-il un but pratique?
Il est un peu difficile de le dire aujourd'hui, puisque nous ne connaissons plus la main de Guido que par des descrïptions théoriques ou par une iconographie qu'on ne peut traiter qu'avec précautions.
Mais nous ne pouvons certainement pas conclure que si quelque chose nous semble peu pratique (la solmisation, par exemple), il ne pouvait pas en aller autrement autrefois. La solmisation est restée d'usage en France jusqu'au début du 18e siècle: cela indique assez que les musiciens y trouvaient une utilité.

3. L'échelle agrandie et le dos de la main.
La représentation de Vanneo me paraît très théorique pour une raison simple: elle dépasse nettement tout ce qu'il est nécessaire de noter. Même aujourd'hui, la musique s'écrit (ou peut s'écrire) presque entièrement sur deux portées, l'une en clé de fa et l'autre en clé de sol: sans lignes supplémentaires, cela fait 22 notes diatoniques, à peine plus que ce que représente la main de Guido, dont la tessiture de 20 notes était largement suffisante pour tout le moyen âge -- surtout pour la monodie.
Nous avons fortement l'idée que le système musical n'a pas de limites au grave et à l'aigu, mais cette idée ne se retrouve qu'assez peu dans la réalité musicale avant le 19e siècle. Les Anciens, jusqu'à la Renaissance, étaient très conscients des limites du système (ce qui, d'ailleurs, pose un problème complexe en raison de l'absence de diapason: il s'agit de limites d'ambitus, mais pas de limites absolues).
À la Renaissance, on état encore très conscient aussi de ceci que nous avons perdu, que chaque note a une position propre sur la portée. Le do médian, par exemple, celui que nous appelons do3, qui est celui de la clé d'ut, s'écrit toujours sur une ligne, même en clé de sol ou de fa. On peut imaginer que les musiciens médiévaux, de même, avaient complètement intégré le fait que ce même do se situait toujours à la pointe de l'annulaire, comme sur la fresque reproduite par Couillatris.
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Message par jehannot » Lun Fév 09, 2009 4:03 pm

Dans les manuels scolaires français de chant au début du 20e siècle, on utilise une solmisation par intervalles notée sous les notes de la partition (1-2-3-4-5-6-7…). La méthode Ward dans les écoles primaires suisses utilise toujours ce système avec l'aide d'une main-portée qui permet de visualiser les intervalles. Cette main-portée est aussi la base de la méthode de Langage Musical de l'ASPAM (ASsociation Pour l'Action Musicale) fédération française de chorales, méthode qui permet aux choristes de déchiffrer très facilement les partitions et de supprimer rapidement et définitivement le complexe du solfège ancré dans l'esprit de la majorité des français par la plupart des cours de musique désastreux que l'on trouve encore trop souvent hélas aujourd'hui.
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Message par ars organisandi » Mar Fév 10, 2009 4:27 am

Pourriez-vous donner des informations supplémentaires sur cette méthode de Langage Musical de l'ASPAM ?
Par avance merci.
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Message par jehannot » Mar Fév 10, 2009 4:47 pm

comme ça nécessite quelque développement, je te fais un message perso.
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Message par jehannot » Mer Fév 11, 2009 6:24 am

finalement comme je trouve que mon résumé est assez court et lisible, je le mets ici pour tout le monde, à chacun de poser des questions s'il en a besoin.

la méthode de Langage Musical ASPAM apprend aux choristes à "chanter" une partition. Elle se base sur le fait qu'à peu près tout le monde est culturellement imprégné de l'échelle sonore majeure, (quand tu demandes : chantez-moi la gamme, tout le monde te répond : dorémifasollasido, et les intervalles sont justes même si chacun part d'une fréquence différente de son voisin. Chacun a sa propre Tonique. On travaille donc à faire que ce réflexe culturel devienne un acte conscient. On chante en relatif en utilisant les numéros des degrés de l'échelle majeure qu'on écrit en chiffres romains. C'est visualisé sur les doigts de la main écartés : auriculaire I, annulaire II, majeur III, index IV (collé au majeur pour représenter le 1/2 ton), pouce V. La main est un pense bête mais aussi un tableau pour l'animateur pour faire chanter des mélodies au groupe. On utilise aussi une visualisation sur l'ensemble du corps, de la taille à la tête, ce qui permet de faire chanter un groupe à deux voix. Après la reconnaissance sonore vient la lecture (portée sans clé, la dernière note étant considérée comme la Tonique (I)). Parallèlement se fait l'initiation aux rythmes, assez semblable à ce qui se fait dans les méthodes dites "actives" (pulsation vivante, etc.), mais avec cette notion supplémentaire de "phrase rythmique"identique à celle de "phrase mélodique". Après le majeur vient le mineur, puis le chromatisme. Chanter en relatif permet d'assimiler rapidement toutes les clés et les armures et de chanter en hauteur absolue aussi vite. Évidemment la progression est plus entremêlée que je ne l'écris ici. La formation se passe dans le cadre de stages ou d'ateliers hebdomadaires. Il n'y a pas de livre qu'on peut pratiquer tout seul mais des fiches de stages qui on étés abordés en groupe et dans lesquelles chacun a ses repères pour s'y retrouver en fonction de son avancement personnel.
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Message par modérateur » Mer Fév 11, 2009 6:32 am

Merci de ces éclaircissements.
Question : c'est pas plus simple quelques notions de solfège de base?
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