Le lapin en chocolat est un lièvre

Le lièvre est peureux,  » être lièvre  » désigne le Couard du Roman de Renard,  » une vie de lièvre  » en exprime les tourments,  » dormir en lièvre  » signifie d’un sommeil léger. Le lièvre aime la nuit et l’attend tout le jour tapi dans l’herbe. Lié à son caractère craintif, manger de sa cervelle aurait guéri la crainte et le tremblement. Le lièvre intrigua les observateurs empiriques de la France médiévale, essentiellement rurale, qui virent en lui une sexualité débridée. Le bouquinage, la saison des amours, débute en plein hiver et dure sept mois. La décision de s’accoupler dépend de la femelle. Par défense ou par séduction, elle refuse parfois les avances de l’élu et des batailles peuvent s’engager entre les partenaires. Les naturalistes ont longtemps ignoré si les combattants étaient des concurrents ou si les femelles participaient aux combats de boxe. La hase peut s’accoupler avec un mâle alors qu’elle a déjà été fécondée par un précédent et porter deux levrauts de deux mâles différents. Les organes génitaux des jeunes sont difficiles à différencier. Pour cette raison, on le croyait homosexuel, les savants de l’Antiquité le disaient hermaphrodite et pensaient qu’un mâle pouvait mettre bas. Aristote voyait dans leur pilosité une preuve de leur tempérament lubrique :  » les poils poussent jusque dans la bouche  » remarquait-il.

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Le Monastier (Lozère)
Dessin Béranger Dirand-Dieu

Le lièvre dérangeait beaucoup les moralistes. En 751, le pape Zacharie décréta : « on doit éviter de manger du lièvre car il est lubrique, possédant des vices ignobles qui se transmettraient à l’homme s’il mangeait de cette chair impure. » Ce message est évoqué au clocher de la cathédrale du Puy (l’original est au musée Crozatier) sur un chapiteau qui voisine les Vertus Cardinales désignées par des inscriptions : for (itudo), justicia, pru (dencia), t(emperencia). Les vices sont représentés par le lièvre (luxure), le chien tiré par une laisse (paresse), une tête de cheval tenue par la frontale et la mentonnière du filet (défauts de l’esprit).

Dans la tradition païenne, le lièvre était le compagnon des déesses de la fécondité (fertilité) : Vénus chez les Romains, Ôstara, en pays Germanique. En Grande-Bretagne, à la fin de la récolte, on coupait le lièvre en gage de fertilité : on fabriquait une poupée en épi de blé et on l’enterrait au printemps. Avant l’évangélisation, vers le V° siècle, on vénérait Easter, déesse de la fertilité et du printemps, dont l’animal était un lièvre. La première mission du christianisme fut de lutter contre le paganisme. Il fallait le supplanter si possible, s’implanter là où il existait, en accepter les éléments, si nécessaire. Les deux croyances se mêlèrent. À Pâques, les Chrétiens fêtaient la Résurrection du Christ, les païens célébraient leur déesse Easter et la naissance de la nouvelle année. Aujourd’hui, en anglais, on dit encore Easter pour Pâques. On offre des œufs, symbole de fertilité, des cloches parce que la voix de Dieu reste muette pendant la mort du Christ, ou un lapin en chocolat : un lièvre.

Dans la sculpture romane, la capture du lièvre symbolisa le paganisme vaincu, particulièrement en Forez, Velay et Vivarais où la tradition celtique resta puissante (loup androphage, mère nourricière aux serpents, tireur d’épine). Dans la nef de l’église du Monastier-Pin-Mories (48) un chapiteau situé en plein Sud, côté du bien, représente un chasseur qui célèbre la capture d’un lièvre en soufflant dans un cor. On le retrouve à Rouffach, en Alsace et sur le portail de l’église Saint-Gall de Bâle. À Grézieu-La-Varenne dans le Lyonnais un remarquable bénitier roman représente d’un côté une chasse au cerf (image de l’âme fuyant le mal) et de l’autre un chasseur qui brandit un lièvre : le paganisme vaincu. La poursuite contre le paganisme se rencontre en Guyenne sur les voussures des portails de Blasimon et Castelviel copié à Saint-Martin-de-Sescas (33). Lorsque les lièvres ne sont pas poursuivis par un chasseur, on peut penser qu’ils expriment un message d’avertissement : le paganisme qui court toujours. Sur la face Sud de Saint-Restitut, on rencontre les deux scènes : un chien poursuit un laporidé, un chasseur tient un lièvre par les pattes de derrière et s’apprête à l’écorcher avec un couteau tenu de la main droite.

Le Christianisme s’implanta sur toutes les fêtes païennes. Noël remplaça en 354 la célébration romaine du Soleil Invaincu, l’Epiphanie célébra l’arrivée des Mages 12 jours après Noël, ce jour-là, les Romains élisaient un roi pour fêter la fin des Saturnales, les Gaulois concluaient la période du solstice d’hiver (sol-stare = soleil immobile) pendant laquelle on nourrissait, sur de petits oratoires, les âmes des morts en voyage. Les pratiquants des religions naturalistes tentèrent de conserver la mémoire des pratiques anciennes. La Saint-Jean remplaça le solstice de juin, mais on alluma des feux pour célébrer le Soleil. Pâques devint la fête principale de la chrétienté, on continua à fêter le lièvre. La puissance de l’Eglise s’imposa, le symbole païen fut oublié, seule l’habitude resta.

Le lapin en chocolat constitue un élément palpable de la pérennité des symboles.

Mélismes et ornementation dans les musiques méditerranéennes – Colloque de Sénanque – 1978

Mélismes et ornementation dans les musiques méditerranéennes
Colloque de Sénanque – 1978
– extraits des sténogrammes, présentés et relus par Jacques Viret
Professeur honoraire à l’Université de Strasbourg

Du 28 septembre au 2 octobre 1978 a eu lieu à Sénanque un colloque musicologique qui restera le seul événement d’importance organisé sous l’égide du Centre grégorien. Jacques Chailley préside les débats, sur un thème transversal proposé par lui : Mélisme et ornementation dans les musiques traditionnelles méditerranéennes.

Les actes de ce colloque n’ont jamais été publiés ; Jacques Viret nous explique pourquoi…
Pourquoi alors publier, 35 ans après, cette transcription de certaines des riches discussions de ce colloque ? Tout d’abord, elle ne peut qu’intéresser les chercheurs ou les passionnés s’intéressant à des sujets aussi divers que les relations entre musiques médiévales et pratiques traditionnelles, leurs influences sur l’interprétation et son évolution… Et puis, avouons qu’elle ne peut qu’enrichir des débats toujours actuels.

MELISME ET ORNEMENTATION DANS LES MUSIQUES TRADITIONNELLES MEDITERRANEENNES

Le Chant à Metz au IXe siècle à partir de trois sources

Un nouvel article Christian-Jacques Demollière consacré au « chant messin » et à sa notation. Celui-ci met en relation trois sources : le Sacramentaire de Drogon, le Tonaire carolingien et les écrits d’Amalaire. Il permet de mettre en valeur certains caractères de la notation apparue à Metz au IXe siècle, mais surtout il éclaire sa mise en pratique durant la liturgie.

Christian-Jacques Demollière : Le Chant à Metz
au IXe siècle à partir de trois sources : le Sacramentaire de Drogon, le Tonaire carolingien et les écrits d’Amalaire

La notation du chant romano-franc dans le graduel Laon 239

A l’automne dernier, la bibliothèque de Laon avait mis en ligne le Graduel Laon 239, considéré comme « le manuscrit en écriture messine le plus utilisé pour le renouvellement de la vocalité du chant grégorien ».
Voici un article de Christian-Jacques Demollière donnant des éléments pour comprendre les bases et les subtilités de la notation de ce manuscrit.
Attention ! 25 Mo !

La notation du chant romano-franc dans le graduel Laon 239

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